Cote d’Ivoire – Musique: Charge au vitriol de Yodé et Siro contre Alassane Ouattara

Pour une fois, le Covid 19 a été momentanément bousculé de la Une de l’actualité en Côte d’Ivoire au profit d’un évènement culturel. Après 12 ans d’absence de la scène discographique, Yodé et Siro viennent de commettre sur le marché une galette que les mélomanes trouvent plutôt délicieuse. Héritage, c’est son nom.

Tout vient à point nommé pour qui sait attendre. Ainsi  va le dicton. Rien ne peut être plus vrai quand on jette dans l’équation la nouvelle oeuvre artistique des princes du Zouglou, ce genre musical très engagé né du campus de l’université d’Abidjan au debut des années 90 quand Didier Bilé et ses camarades voulaient partager avec le public les galères et les tares de la vie estudiantine.  Car Yodé et Siro n’ont pas donné dans la dentelle. A une époque où les artistes dont votre serviteur, du fait de la conjoncture et la digitalization tous azimuts se contentent des singles ou des EP pour rester dans le ton, ce duo, véritable perle de la musique ivoirienne prend sur lui le risque de ramer à contre-courant. Résultat: un album de 15 TITRES baptisé Héritage  en souffrance dans les bacs depuis le 4 juillet. Nous avons eu le bonheur d’en écouter quelques extraits. Un vrai nectar pour les oreilles tant sur le fond que sur la forme. Du “vintage” Zouglou, un grand cru pour les fana de ce rythme.

Des critiques croustillantes

Si le couper décaler cher à DJ Arafat de regrette mémoire doit à la joie son existence, le zouglou tire son essence des maux qui minent la société. Vu sous cet angle, les hérauts de ce genre musical ont placé la barre bien haut. Ils n’ont trahi ni l’esprit, ni la phylosophie zouglou. Critiques croustillantes du régime incarné par son chef, le président Ouattara en l’occurrence, dénonciation du laxisme de l’opposition, auto-dérision.  bref tout y passe et ils n’y vont pas du dos de la cuiller. Les morceaux qu’il nous a été donné d’écouter ne laissent pas indifférent tant par le message que par la mélodie et le rythme qui l’envoûtent. Permettez-nous cependant de nous appesantir sur “On dit quoi”, une sorte de lettre ouverte au chef de l’Etat qui est en train de défrayer la chronique.  Il s’agit ici d’une interpellation directe du président de la République en fin de mandat sur son bilan à la magistrature suprême. Après avoir caressé le chef de l’Exécutif dans le sens du poil (le pays est joli, il y a lumière partout/il y a goudron partout..) Yodé laisse tomber le masque. “Ce que tu n’as pas voulu hier tu ne le fais pas aujourd’hui parce que les mêmes causes produisent le mêmes effets. martèlent-ils. Ils poursuivent ironiques: “tant de souffrance avec 2% de chômage et une croissance à 2 chiffres.”  Et l’assaut final un tantinet moqueur “quand ça va chauffer il n’y aura plus de clôture pour sauter car maman bulldozer a tout cassé

Extrait:

“Mais président, ton peuple a faim, on dit quoi ? Les gens sont emprisonnés et tu dis qu’il n’y a personne en prison…Ce que tu n’as pas voulu hier, tu ne le fais pas aujourd’hui parce que les mêmes causes produisent les mêmes effets.

On dit qu’il n’y a pas l’argent au pays et tu dis que l’argent travaille. Mais l’argent, ça travaille pour qui ? … Plus de 60 ethnies dans notre pays, tu vas du rez-de-chaussée jusqu’au dernier étage, du gardien au directeur, ce sont les Bakayoko ou bien les Coulibaly seulement qui mangent… Le pays est endetté.

Payez vos crédits avant de partir. On ne se réconcilie pas en mettant les gens en prison, le pays a besoin de tous ses enfants pour la vraie réconciliation. Pourquoi tant de souffrance avec 2% de chômeurs et bientôt une croissance à deux chiffres.

Faisons attention à un peuple qui ne parle plus parce que quand ça va chauffer il n’y aura plus de clôture pour sauter car maman bulldozer a tout cassé ». Telles sont entre autres les paroles de la chanson phare de l’album Héritage.

Hamed Bakayoko grand fan du zouglou

Chapeau bas au tout puissant ministre d’Etat Hamed Bakayoko qui a certainement écouté ce chef d’oeuvre, mais a tenu à encourager les artistes en les recevant dans le cadre confortable de son cabinet. Comme quoi La liberté d’expression doit être encouragée en Afrique

IceT

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